La Fed s'en tient à sa politique malgré des doutes

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La Fed s'en tient à sa politique malgré des doutes

par Pedro da Costa

WASHINGTON (Reuters) - Des doutes se font jour au sein du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine sur sa politique de rachats d'actifs pour stimuler la croissance, mais elle n'en devrait pas moins maintenir ce cap pendant les prochains mois.

Publié jeudi, le compte rendu de la réunion monétaire des 11-12 décembre montre une réticence croissante quant à de nouvelles augmentations du bilan de la banque centrale - 2.900 milliards de dollars - qui n'a cessé de gonfler en réponse à la crise financière et à la récession de 2007-2009.

"Certains ont estimé qu'il serait probablement approprié de ralentir ou de cesser les rachats d'actifs bien avant la fin 2013, en exprimant des inquiétudes sur la stabilité financière ou le niveau du bilan", lit-on dans le communiqué.

Cette tonalité des "minutes" a fait refluer Wall Street et propulsé le rendement de l'emprunt à 30 ans du Trésor américain à 3,1234%, son niveau le plus élevé depuis le 4 mai. Le dollar, quant à lui, a accru son avance face à l'euro.

Pour autant, la Fed devrait poursuivre ses rachats d'actifs dans un avenir prévisible, ayant annoncé à l'issue de sa réunion qu'elle achèterait pour 45 milliards de dollars d'obligations du Trésor tous les mois, en sus des 40 milliards de dollars d'obligations adossées à des créances hypothécaires qu'elle rachète chaque mois depuis septembre.

Certains membres du Fomc (Federal Open Market Committee) disposant d'un droit de vote ont jugé que cette politique se justifiait jusqu'à la fin 2013. Quelques autres ont souligné la nécessité de mesures accommodantes supplémentaires pour stimuler l'économie mais sans spécifier de montant ou de calendrier.

La majorité est convenue qu'une amélioration des perspectives du marché du travail semblait peu probable sans coup de pouce supplémentaire des autorités monétaires.

PAS DE CHANGEMENT DE CAP

Pour les économistes, la portée des minutes est à relativiser même si elle traduit de réels débats au sein du Fomc.

"Je n'interprète pas cela comme un signe de durcissement de la Fed", affirme ainsi Roberto Perli, chez International Strategy and Investment Group à Washington. "Le Fomc a toujours été divisé sur la plupart des sujets mais, quand il y a divergence de vues, celles qui prévalent sont celles du noyau dur - Bernanke, Dudley, Yellen - et ces trois-là restent fermement d'avis que la politique accommodante doit continuer".

Eric Stein, chez Eaton Vance Investment Management à Boston, est lui aussi d'avis qu'il en faudra davantage pour faire vaciller Ben Bernanke, le président de la Fed, la vice-présidente Janet Yellen et William Dudley, le président de la Fed de New York. "Ils vont rester très engagés envers les assouplissements quantitatifs tant qu'ils ne verront pas poindre un redressement sensible de l'économie ou une accélération significative de l'inflation", dit-il.

Plus prudent, Jason Conibear, chez Cambridge Mercantile à Londres, estime que "les minutes montrent en tout cas qu'il n'y a pas vraiment de consensus parmi les membres du Fomc sur la durée pendant laquelle il faudra poursuivre les rachats d'actifs".

L'économie américaine a enregistré une croissance honorable de 3,1% au troisième trimestre en rythme annualisé, mais l'activité a ralenti sur les trois derniers mois de l'année et les économistes attendent un chiffre à peine supérieur à 1%.

Selon des données publiées jeudi, le secteur privé a créé 215.000 emplois en décembre, un chiffre meilleur que prévu. Le département du Travail publie vendredi la statistique des créations d'emplois de décembre, attendues à +150.000.

Le taux de chômage est quant à lui prévu stable à 7,7%.

Lors de sa réunion de décembre, la Fed avait fait savoir qu'elle maintiendrait son taux directeur à un niveau proche de zéro jusqu'à ce que le taux de chômage revienne à 6,5%, à comparer à un pic à 10% à la fin 2009 au plus fort de la crise.

Véronique Tison pour le service français

 

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