Chronicle : Des héros pas si super

Par Bakchich -
 
Chronicle : Des héros pas si super

Trois ados bourrés de testostérone se retrouvent dotés de pouvoirs mystérieux. Tourné en caméra subjective, un shoot d'adrénaline, entre chronique adolescente dépressive et film de super-héros. 

- J'ai l'impression que ça cartonne Chronicle. Mais c'est quoi ce truc, un film pour ados, un film de campus ?

- Un film de super-héros.

- OK, je passe mon tour.

- Tu n'aimes pas les hommes en collant ?

- J'aime bien les comics, mais la plupart des films adaptés des BD de la Marvel ou de DC sont tout simplement des big nanars.

- Je confirme. Le génie de scénaristes de BD comme Frank Miller, Alan Moore, Warren Ellis ou Mark Millar semble toujours évacué des bouses telles que Les 4 Fantastiques, Iron Man, Green Lantern, Thor, X-Men Captain America, Daredevil? Même les Batman de Tim Burton sont maintenant irregardables.

- J'aime bien les Batman de Christopher Nolan.

- Nolan se prend pour Shakespeare ; ses films sont trop longs, trop bavards, un poil prétentieux et pas assez premier degré. Quant à moi, mes préférés sont The Watchmen, Incassable, Kick-Ass, le Hulk de Ang Lee et le début de Blade.

Pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Sans capes ni collants

- Des mecs en collant, avec masque et cape, qui se castagnent avec de méchants mutants, ce n'est pas évident de rendre cela crédible sur grand écran. Un colosse vert de 2, 5 m, avec un beau bermuda mauve, il faut au moins le talent de Ang Lee si tu ne veux pas que le public ricane. 

- Et Chronicle ?

- C'est un film très malin, avec des super-héros qui ne proviennent pas des écuries Marvel ou DC. Soit trois ados de Seatlle, entre études, parents et gonzesses. Dans une crevasse, ils héritent de super-pouvoirs grâce à une force mystérieuse : ils commencent alors à faire se déplacer les objets, développent un champ de force, volent? Ils utilisent tout d'abord la télékinésie pour faire des blagues de carabins (déplacer une voiture, effrayer une gamine, draguer les filles?), mais tandis que leur puissance grandit démesurément, le frustré de la bande, associable, traumatisé par l'alcoolisme de son père et l'agonie de sa mère, commence à perdre gravement les pédales. 

- Alors ?

- Faut que tu voies la suite?

- Raconte !

Schonpenhauer, Platon 

et jupes des filles

- Chronicle, qui cite Schopenhauer et Platon dans les cinq premières minutes, ne ressemble en rien aux films de super-héros habituels. Pas de super-collant donc, ni de super-méchants en short, juste des ados ordinaires, bourrés de testostérone, confrontés à des pouvoirs extraordinaires. Signé Max Landis, 26 ans, fils du cinéaste John Landis, le scénario est futé, passionnant, une belle métaphore sur l'adolescence et ses transformations. A aucun moment, les mômes ne décident de faire le bien, comme Spider-Man ou Superman. Les trois héros veulent égoïstement s'amuser, regarder sous les jupes des filles, s'envoler pour passer un week-end à Hawaï et utiliser leurs pouvoirs pour devenir les plus étudiants les plus cools du bahut, pas pour arrêter la guerre dans le monde. Avec le personnage d'Andrew, le ton est plus sombre, parfois désespéré comme une chronique quotidienne d'une vie de misère et du mal-être adolescent. Et dans la dernière partie, quand Andrew se métamorphose en ange de la destruction, Max Landis se souvient de Carrie de Brian De Palma, avant de plagier copieusement Akira, quand Andrew/Tetsuo affronte son ami dans les airs, détruisant des immeubles à coups de rayons d'énergie. Enorme !

Et la forme ?

84 minutes de pure énergie 

pas vue depuis Matrix

- C'est un « home movie », un « documenteur » tourné en caméra subjective par un des persos du film, comme [?REC] ou Cloverfield. Andrew a donc décidé d'enregistrer la chronique de son adolescence pourrie, tout d'abord avec une vielle caméra, puis avec une caméra numérique dernier cri. Une belle idée du jeune cinéaste Josh Tank qui lui permet de jouer avec la qualité de l'image, des cadres, des mouvements, jusqu'à réaliser de sublimes plans, quand Andrew est censé faire voler la caméra dans les airs grâce à la télékinésie. De temps en temps, le réalisateur incorpore des plans captés par une étudiante, des caméras de surveillance ou des téléphones portables, mais même cette petite tricherie à l'unicité du film ne peut te gâcher ton plaisir. 

- Conclusion ?

- Chronicle est une énorme baffe, 84 minutes de pure énergie, un film dépressif et jouissif, bourré de tourments adolescents et de destruction massive. En sortant de la salle, je lévitais de bonheur, ce qui ne m'était pas arrivé depuis? Matrix.

[video:http://www.youtube.com/watch?v=i-M5Qx57_UU align:center]

Chronicle de Josh Trank avec Dane DeHaan, Alex Russel, Michael B. Jordan. 

En salles le 22 février

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